La solitude du duplex

Je retrouve Yasser Louati au troisième étage d'un immeuble dans une des rues qui croisent les Champs-Élysées. La salle d'attente donne sur un large open-space, au milieu duquel il n'y a qu'un seul homme, penché sur un écran. Un autre homme vient chercher Yasser et le conduit dans une autre pièce par une porte de la grande salle. On dirait qu’ils sont seulement deux de permanence ce dimanche dans les bureaux parisiens de la BBC. Dans une pièce sombre d'à peine 15 m2, il y a une caméra posée sur un trépied et braquée un grand écran qui diffuse en boucle une vidéo d'une vue sur la ville. L'accompagnateur invite Yasser à s'assoir devant l'écran, face caméra, et lui colle une oreillette.

Dans ce dispositif vous recevez le son de l'émission de tv à laquelle vous participez mais pas l'image, tandis que là-bas vous apparaissez sur un écran. Lorsque le contact est établi, l'accompagnateur ferme la porte derrière lui et vous laisse seul dans la pièce. Vous restez ainsi en attente pendant dix minutes avant d'être convoqué dans le montage, puis remercié ; votre micro est coupé et le flux se poursuit sans vous.

Yasser a pu parler deux minutes, avant qu’une personne présente en plateau ne l’interrompe au milieu d’une phrase pour le mettre en cause, ceci sans que la parole ne lui soit rendue et en conséquence de quoi le débat s’est poursuivi sans lui et contre lui.

La solitude du duplex
ou la violence ordinaire d’une chaîne d’info.

 

 

Extrait du film « le repli », en développement.

×

Joseph Paris est cinéaste.
25 Août 2016 - © Analo.gy et l'auteur·trice.